Comme la plupart des municipalités ayant déjà une histoire plus que centenaire, St-Zéphirin-de-Courval n'échappe pas à la tradition des racontars. Des contes sont jadis nés dans Courval et nous sont aujourd'hui parvenus grâce à l'étonnante mémoire de la tradition orale. Voici donc, en vrac, quelques contes qui, à l'époque et peut-être encore aujourd'hui, parcoururent les chemins de Saint-Zéphirin colportés autant par les notables que par les quêteux.
» Au feu
» Veillée de campagne
» Le puits
» L'invasion
» Le canon
» Le puits meurtrier
Au feu
En cet été de fin du XIXe siècle, la vie suit son cours paisible, mais le feu couve à l'ombre de la forêt. En peu de temps, l'incendie éclate et prend rapidement des proportions presque gigantesques en raison de la sécheresse qui persiste depuis quelque temps déjà à Saint-Zéphirin de Courval . On alerte les gens des environs qui viennent aussitôt sur les lieux afin de combattre le feu qui menace déjà plusieurs terres à bois. Cependant malgré la rapidité d'intervention de ceux-ci, l'élément destructeur continue de gagner en force et à s'étendre aux boisés environnants. La situation semble incontrôlable et le feu se déplace en direction de la terre à bois du curé qui est immédiatement averti de la chose. N.E. Ricard, curé des lieux, décide de prendre les choses en mains et confie à un des ses paroissiens une bouteille pleine d'eau bénite qu'il charge ce dernier de verser sur une ligne continue en bordure de l'incendie.
Le paroissien retourne aussitôt sur les lieux de ce qui se prépare à être un désastre et verse, conformément aux directives reçues du curé Ricard, le contenu de la bouteille en bordure de la ligne d'incendie.
Encore quelque temps l'incendie persistera; mais il s'éteindra de lui-même sans jamais avoir traversé la ligne marquée à l'eau bénite préservant ainsi la plus grande partie des terres à bois de la région.
» Début Contes, légendes et faits vécus
Veillée de campagne
Alors que l'Église catholique désapprouve la danse et que l'évêque qui préside aux destinées des fidèles de Saint-Zéphirin de Courval l'interdit complètement à l'intérieur de son diocèse, considérant la danse comme une manifestation déplacée pouvant entraîner au scandale, un paroissien de Saint-Zéphirin de Courval se prépare, ce soir-là, à recevoir dans sa maison parents et amis à ce que nous appellerons « une veillée de campagne » où la place est presque entièrement laissée à la chanson, à la danse et au p'tit blanc.
Les préparatifs de cette soirée vont bon train, lorsque s'arrête à cette porte le « quêteux rouge » qui est reçu, comme il est d'usage de la faire en ce temps-là, et invité à rester pour la fête qui commencera bientôt. Dans l'attente de la fête, il observe longuement la jeune fille de la maison qui, vêtue de sa plus belle robe, est anxieuse de voir arriver les premiers invités.
Au moment où résonnent les premières notes invitant tout le monde à la danse, le « quêteux rouge » se glisse lentement auprès de la jeune fille qu'il a si longuement admirée et lui demande de lui accorder une danse. Devant son refus, le « quêteux-rouge » entre dans une violente colère et déclare: « Tu vas danser sur un temps de chien » et sort précipitamment de la maison. Le froid jeté dans la maisonnée par cet esclandre sera cependant vite tempéré par la chaude ambiance de cette soirée de réjouissances et personne ne pensera plus à cette « indélicatesse » jusqu'à…
La fête bat son plein, certains invités retardataires arrivent encore, dont un beau grand jeune homme qui, par ses manières charmantes, impressionnera fortement la jeune fille de la maison. Il ne s'écoulera pas beaucoup de temps avant que le jeune couple ne soit réuni pour la danse qui prendra alors des allures endiablées. La danse se transformera en un tourbillon sans fin où seule la gaieté est de mise. Les rires feront cependant bientôt place aux cris. La jeune fille ne peut plus arrêter de danser; elle est en transe, elle danse contre sa volonté. Quelqu'un veut-il intervenir directement pour l'arrêter qu'en la touchant il est lui aussi entraîné par cette frénésie. Que faire? On parle de mystère, de folie et même de sorcellerie, mais durant ce temps, elle danse toujours. Finalement, on décide d'aller chercher le curé Ricard; il est, pense-t-on, le seul qui puisse quelque chose devant une telle situation.
Arrivé avec son bréviaire et son étole, le curé comprend aussitôt l'importance du drame. Il fait une prière et déclare: « À minuit, elle ne dansera plus »; on espère, on attend l'heure fatidique. Au douzième coup de minuit, la jeune fille cesse alors de danser; elle pleure et se plaint; elle est complètement épuisée, mais tout est maintenant rentré dans l'ordre. Le curé retourne paisiblement à son presbytère; il sera cependant rappelé trois jours plus tard; la jeune fille est morte d'une pleurésie.
» Début Contes, légendes et faits vécus
Le puits
On s'agite beaucoup ce matin-là à Saint-Zéphirin de Courval , le feu embrase un bâtiment du village. Tout le monde travaille à combattre l'incendie qui ne manifeste aucun signe d'affaiblissement. Les réserves d'eau ne sont pas à proximité du brasier ce qui complique le travail des volontaires qui craignent le pire: voir le feu s'étendre à d'autres bâtiments du village.
Le curé Ricard, qui assiste à tout ceci, ordonne à celui qui semble diriger l'ensemble des opérations, de prendre l'eau à même un petit puits situé non loin de là. Le paroissien en question hésite un peu à se soumettre à cette directive, sachant très bien que ce petit puits est presqu'à sec et que ce geste ne sera pas d'un grand secours. Tout de même, il décide de se rendre au désir du curé et oriente les pourvoyeurs d'eau vers ledit puits. Le travail se poursuit inlassablement et avec de plus en plus d'ardeur lorsqu'il semble que le feu est en voie d'être éteint. On lance autant d'eau que possible, on veut noyer le feu, et on y réussit; l'incendie est éteint et ce, en grande partie, grâce à un petit puits qui, mystérieusement, fournit beaucoup plus d'eau que sa capacité ne le permettait; on aurait dit que le puits était intarissable.
» Début Contes, légendes et faits vécus
L'invasion
Le soleil de l'automne finit de faire mûrir les récoltes qui, cette année, seront bonnes. C'est avec optimisme que les paroissiens de Saint-Zéphirin de Courval se préparent au long cycle de l'hiver, vu l'abondance qui s'annonce. La clémence de l'été a favorisé les cultures, mais l'automne peut capricieusement tout démolir et faire mentir les plus belles promesses de l'été.
Sans qu'il soit possible de dire comment, du jour au lendemain, les champs furent envahis par des millions de sauterelles dont la voracité constitue une grande menace pour les cultures. En quelques jours pouvait être ruiné l'effort de toute une saison de durs labeurs. Comment détruire ces nuées d'insectes indésirables sans, du même coup, détruire les récoltes? Il n'y a jamais assez d'oiseaux dans tout le pays pour manger toutes ces sauterelles; la situation est inextricable. Certains cultivateurs désespérés se rendent auprès du curé Ricard pour lui demander conseil. Aussitôt avisé de la nature de l'événement, ce dernier se rend sur les lieux et, après quelques prières, conjure les sauterelles.
À la fin de la journée les ravages cesseront; les sauterelles meurent comme frappées par un mal mystérieux et disparaissent aussi rapidement qu'on les a vues apparaître. Les récoltes sont, pour la plus grande partie, sauvées.
» Début Contes, légendes et faits vécus
Le canon
L'année 1885 amène un changement majeur dans la région, soit la création d'un nouveau diocèse. Mgr Gravel, premier évêque de Nicolet, en prend possession et, dans les années subséquentes, visite les différentes paroisses. Ainsi en 1887, une visite de l'évêque est prévue à Saint-Zéphirin de Courval. Comme il s'agit de la première visite de Mgr, on veut fêter l'événement comme il se doit. On prépare donc les festivités et l'on s'assure du bon fonctionnement du canon, situé derrière le moulin à scie du village.
Les essais pour faire fonctionner le canon ne donnent pas les résultats voulus.
L'explosion produite n'est pas assez forte. Alors, on bourre le canon de poudre, de tourbe et de glaise. On allume la mèche et l'explosion se produit mais le canon se fend et des éclats volent en tous sens. Un homme passant près de l'église reçoit des projectiles sur la tête. Il meurt quelque temps plus tard des suites de ses blessures. Cet événement vient ternir l'atmosphère de festivité qui règne dans la paroisse.
» Début Contes, légendes et faits vécus
Le puits meurtrier
Dans le rang St-François, en 1930, M. Ernest Marcotte s'aperçoit, au moment d'abreuver ses animaux, qu'il y a un manque d'eau. Il décide d'aller voir ce qui se passe au puits qui n'a plus trois pieds d'eau. En descendant dans le puits, les gaz toxiques qui s'en dégagent le font suffoquer. Les fils de M. Marcotte décident à leur tour d'aller voir ce qui arrive à leur père. Le même sort les attend. Un ami, Philippe Jutras, veut leur venir en aide mais la mort le frappe, lui aussi, à sa descente.
Mme Marcotte, qui s'inquiète de ne pas voir son mari et ses fils arrivés pour le souper, décide d'aller les chercher. Voyant le couvercle du puits ouvert, elle regarde à l'intérieur et aperçoit les hommes au fond. Elle les appelle et n'en reçoit aucune réponse. Elle demande l'aide du vicaire Allard qui dit à M. Conrad Blanchette de descendre, qu'il n'y a pas de danger. Le médecin lui fournit un masque afin que les émanations de gaz qui s'échappent du puits ne lui soient pas néfastes. Grâce à l'aide de vicaire et celle du médecin, M. Blanchette réussit à sortir les malheureux du puits, mais il est cependant trop tard pour les sauver. Il ne reste plus qu'à fermer ce puits qui a tué quatre hommes.
» Début Contes, légendes et faits vécus
